Le centre, il se la pète

Le ni droite ni gauche a un centre: la proportionnelle. Objet de l’accord et marque de l’alliance, le seul moyen pour les petit(e)s parti(e)s de jouer un rôle, c’est à dire de bloquer toute décision, est bien sur l’instauration du nouveau prétentieux comme bulle, car pouvant brièvement, et à toute occasion, donner un avis autorisé qui change le cours de l’histoire. Le pet change la conversation, fait bouger les lignes et c’est le but. Naturellement, on n’introduit qu’une « dose », une « part », de proportionnelle, juste ce qu’il faut pour satisfaire sans changer: le centre c’est l’équilibre, la sagesse, la mesure, la modération, le compromis.

Rien à voir donc avec la révolution qu’on nous a promis dans un livre digne du « Mein Kampf  » d’Hitler, du « Que faire » de Lénine ou du « Faire » de Fillon. Et pourtant: elle est l’objectif des nouveaux entrants, dont le caractère, le tempérament, la posture les prédispose à vouloir dépasser les absurdes clivages pour « être » celui qui est de droite avec la gauche et de gauche avec la droite, et donc qui a toujours raison, je dirais absolument.

Car c’est la première ambition du centre: l’unicité du point de vue, le seul possible, la pointe de la balance. Le centriste est autoritaire, c’est son moindre défaut. Il dit « je », toujours et même s’il justifie parfois ses arrangements en se soumettant à tel ou tel, il n’est jamais que  l’exécuteur de SA décision, prise en solitaire, irrévocable et imprévisible.

La deuxième ambition est de se payer de mots: rien ne vaut une bonne phrase ambigüe pour exprimer son vrai point de vue. Par exemple: « Nous ne pouvons rester passifs, loin de ces théâtres d’opérations, car ils ont des conséquences directes sur nos sociétés. Quant à dire que nous devons intervenir partout et en toutes circonstances, je ne le crois pas. »

Quelle sagesse ! Quel sens de la mesure ! Pouvoir soutenir les deux points de vue « à la fois » est le signe du signifiant et se trouve être ce qu’il veut dire: rien. Il ne fera rien. Ni dans un sens ni dans l’autre. Et tout est comme ça.

La troisième ambition est d’innover. Il nous faut du neuf. En effet, le vieux est évidemment à rejeter. Qui dirait le contraire ? A partir de là, tout doit être mis en oeuvre pour se trouver face à l’inusité:

« Le  défi auquel nous devons répondre est l’invention d’un nouveau modèle de croissance. Pour être juste et soutenable, elle doit être écologique et servir la mobilité sociale. »

La croissance a des modèles tous vieux et usés, il nous en faut un nouveau, et la preuve de la nouveauté se trouve dans l’association entre deux marqueurs et deux qualifications qui s’associent en 4 significations positives distinctes, en fait huit, car chaque qualifications peut agir dans les deux sens. Juste par exemple peut aller dans le sens de la réduction de l’excès ( on ne va pas jusqu’à l’antispécisme) ou bien dans son accentuation (on nomme un médiateur pour  l’aéroport nantais). Soutenable veut dire supportable, bien sur, mais aussi efficace et donc forcené quand appliqué à l’écologie, et la mobilité sociale, dont il faut bien sur considérer la diminution nécessaire, put avoir tous les avantages et toutes les nuances vers le haut et vers le bas, pour le plus grand bonheur de l’évidence. Bref, on signifie, on cajole, on chante… On décrit un esprit, une ambiance, ce qu’on appelle une « vision », ce qui est la seule chose qui importe quand on veut un président, c’est à dire un ambitieux sexuellement immature/trop mature qui hurle « je veux » avec un voix aigüe.

On passera sur ce qui est régulièrement décrit dans les journaux: 35h, ISF, je suis socialiste, colonisation, cannabis, diesel, il s’est contredit sur tous  ces sujets dans les six derniers mois… Tu parles d’une vision ! En réalité on a le centrisme comme puissance, comme état d’esprit, comme caractère. Car il faut un caractère pour être là dedans: une forme de soutien permanent à l’évidence quelle qu’elle soit, dans toutes ses successions, quitte à changer, évidemment, quand il le faut. Une absence de de volonté de prise de parti, mieux, la volonté de ne pas avoir de « parti », pour mieux séduire, pour mieux être l' »autre » celui qu’on n’est pas, celui qu’on ne peut pas deviner, prévoir, ou anticiper, celui qui a forcément raison.

Evidemment, ce bel esprit de décision, quand il est associé à la seule mesure dont est sur, la proportionnelle au parlement, peut atteindre le but final de l’attitude et l’objet définitif de la stratégie politique mise en oeuvre: l’inaction complexe, car résultat du compromis des convictions. L’ensemble des avis contraires réunis se rassemble dans le trou noir central, toutes les forces centripètes nous y ramènent et l’inéluctable qui se contredit se doit au dernier moment de se résoudre dans le titre avec la victoire indispensable, nécessaire et donc maintenant quasi certaine d’un candidat au nom en regard et je me comprends.

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